Bortsch et Tadjikhistan

Je suis arrivée à Moscou vers 21h après avoir pris deux mauvais métros, en traînant deux grosses valises de 20 kilos en pleine heure de pointe. Autant dire que sur les derniers 100m, par -20 degrés dans une rue sombre et déserte, j’en menais pas large. J’étais tremblante et en sueur quand la dame de l’entrée m’a fait signer des petits papiers, puis m’a mené dans le bureau d’un gros monsieur très préoccupé par mon passeport. Il m’a raconté des tas de choses en russe, alors que je ne pouvais détacher mes yeux de son aquarium jaunâtre où se débattait deux grosses tortues d’intérieur. Je n’avais qu’une envie, filer dans ma chambre déballer mes affaires et me reposer mais impossible de filer. J’ai cédé, je me suis assise sur le canapé et j’ai attendu que les choses viennent d’ elles même en ponctuant docilement de « da, kaniechna » le monologue du gentil monsieur.

Finalement deux babouchkas sont venues me chercher avec une clé et m’ont emmené dans ma chambre. Elles aussi ne parlaient que russe, et parlaient beaucoup tout en voyant que je ne comprenais pas grand chose et puis tout à coup, un jeune russe est arrivé, elles sont parties avec lui et je me suis retrouvée seule dans ma chambre. J’ai posé mes valises et j’ai décidé de régler les problèmes un par un. D’abord j’avais très faim.J’avais remarqué en arrivant une petite épicerie en face qui avait pour enseigne « Producti » (Produits) et je suis descendu pour y acheter 2-3 bricoles. Finalement l’épicerie faisait aussi restaurant et en reconnaissant le mot « Bortsch », je me suis décidée à commander une soupe et une purée de patates. Une dame avec toutes les dents de devant en métal m’a fait un immense sourire assez effrayant, m’a fait payer quelques roubles puis m’a envoyé m’asseoir avec un petit papier dans la salle d’à côté.J’ai rangé le papier, ôté mon manteau et j’ai attendu mon Bortsch.

C’était une petite salle simple, avec 4 tables aux toiles cirées grasses et des gros tubes de Ketchup. Au bout d’un moment, un jeune gars est sorti de la cuisine et m’a proposé un thé, j’ai refusé, alors il s’est installé en face de moi avec un sac de pipas et a commencé à grignoter en m’observant. Et puis il s’est mis à me parler russe, « t’es d’où? t’es pas russe? » « non française » « Ah française, moi je suis tadjikh » « ah tadjikh » « t’es sure que tu veux pas du thé? » J’avais tellement faim.. »Bon d’accord » « noir ou vert? » « noir ». Il ressors de la cuisine avec une tasse de thé fumante et un petit pain fourré de viande. « merci beaucoup » .Tout à coup il se met à me parler allemand à fond la caisse. Je lui dis que je ne parle pas allemand. Il a l’air tout déçu. « J’ai appris l’allemand au Tadjikistan, en 6 mois. Tu sais je parle 7 langues, russe,tadjik, kirguize, ouzbek,afghan, allemand et farsi. » « tu as appris ou toutes ces langues? » « au Tadjikistan, j’ai étudié les langues et puis j’ai voyagé. Maintenant je veux aller vivre en Allemagne, être chauffeur de taxi, j’ai un pote là bas qui gagne 100 euros nets par jour. » Entre temps la salle s’est remplie, deux gars se sont installé à dîner et nous écoute attentivement. »Mais je n’arrive pas à avoir le visa. »Un autre gars sort de la cuisine. »C’est mon frère. »Il me salue, sourit et s’assied avec nous en reprenant la discussion. »et c’est quoi les salaires en France? » J’explique le SMIC mais impossible de sortir les chiffres en russe alors j’attrape un petit papier et je me mets à gribouiller le SMIC horaire, le SMIC mensuel, le loyer d’un appartement, on compare la Russie, la France et le Tadjikistan. Puis mon pote attrape le papier et le retourne pour continuer les additions, et se rend compte que c’est ma commande. »Mais tu nous as pas donné ta commande? » Il est mort de rire, son frère aussi. Je pouvais attendre mon bortsch encore longtemps… Je rigole avec eux, l’un va me chercher un second pain à la viande, puis le bortsch et la purée arrivent en un clin d’oeil. On reprend la discussion là ou on l’avait laissée: ils sont 4 frères à Moscou, 1  à St Pétersbourg et 5 soeurs au Tadjikistan, avec mes 5 frères et soeurs à côté je fais pas le poids..La fille de la caisse vient écouter la discussion et leur dit d’arrêter de me poser des questions parce que mon Bortsch va être tout froid.

Et ce Bortsch est spécialement bon…Je finis mon repas en parlant de cuisine tadjik et française et je promets de revenir bientôt (j’habite en face..) pour tester le Pilaf, le plat national tadjik et donner davantage de chiffres, et plus précis s’il vous plaît.

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A propos Marikouchka

Etudiante française à Moscou
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