Manifestation du 4 février, en essayant d’y voir plus clair

Mon dernier article était un peu léger, à vrai dire parce que moi-même je n’ai pas tout à fait saisi ce qui se passait autour de moi.. J’ai donc discuté avec plusieurs amis pour en savoir davantage.

Alors que je lui disais que je ne m’attendais plus à retrouver la Russie de Dostoïevski, un ami russe m’a répondu,  « La tragédie, c’est que notre pays est encore la Russie de Dostoïevski … As-tu lu Les Possédés? Ce livre est à 101% réel, rien n’a bougé depuis. Les technologies sont nouvelles, mais les gens n’ont pas beaucoup changé.  »

Alors j’ai cherché des pistes chez Dostoievski, et j’ai trouvé ceci dans l’Adolescent, « Je considère la Russie d’un point de vue peut-être singulier: nous avons traversé l’invasion tatare, puis deux siècles d’esclavage, sans doute parce que l’un et l’autre ont été de notre goût. Maintenant on nous donne la liberté et il s’agit de la supporter: en serons-nous capable? La liberté sera-t-elle autant de notre goût? Voilà la question. ». Et il est vrai que la société russe des 20 dernières années était marqué par son apolitisme et sa passivité, comme si elle avait définitivement renoncé à la liberté. J’ai fini par trouver un article d’un blogueur russe Mikhail Majid originairement adressé aux anarchistes russes qui expliquait pas mal la situation actuelle dont voici quelques extrait en français (Je n’ai mis que la première partie, mais vous pouvez lire l’intégralité de l’article traduit sur http://regard-noir.blogspot.com/):

Tahrir russe D’où ça vient ?
 J’ai remarqué que tous les militants politiques, tous ceux qui étaient actifs ces dernières années, commencent à se demander les uns les autres : mais qu’est-ce qui se passe ? Comment se fait-il que la société russe, si apolitique, absolument non encline à protester, s’est soudainement soulevée ?
L’indifférence politique qui durait depuis 15-20 ans s’est terminée. Elle a pris fin rapidement, soudainement, de façon inattendue. Comment expliquer ça ? Bien sûr, en Russie, il y a des problèmes fondamentaux, ils ont certainement un impact sur la situation dans le pays. On peut parler de la pauvreté d’une grande partie de la population (surtout en province)… Mais, aujourd’hui, c’est Moscou qui se rebelle, la ville la plus riche de la Russie. On peut évoquer la corruption, mais elle existe déjà depuis longtemps. On peut parler de la crise économique mondiale qui affecte également la Fédération de Russie, mais la situation n’est pas aussi difficile qu’en 2009 … Dans la recherche de réponses, je suis allé sur la place de Triomphe…
  « La jeunesse mène la danse « 
Il est intéressant de voir des milliers de jeunes, essentiellement des étudiants, dont beaucoup ont participé pour la première fois dans les actions et manifestations. Beaucoup sont venus par groupes. (…) En fait, l’ambiance sur place est plutôt gaie, les gens sont un peu excités, les jeunes ont clairement pris plaisir à la participation à ce meeting, il y a des émotions et de l’adrénaline. (…)
 Aujourd’hui, le mécontentement couvre divers segments de la population. Sans doute, ce sont les élections qui en ont joué le rôle important : d’abord, des publicités ennuyeuses, puis les falsifications trop évidentes, trop flagrantes. Le fait que Poutine s’est fait sifflé à l’Olympique (1) (grand centre sportif à Moscou, NdT) a également joué un certain rôle : il semble que c’est ce sifflement qui ait fait éclater un barrage d’obéissance et de silence (ces «bouuuu » et sifflets sont maintenant devenus symboles de la protestation). Mais c’est la jeunesse étudiante qui sort sur l’avant-scène : une nouvelle génération qui était élevée dans une relative stabilité politique et sociale. Ils n’ont pas peur des cataclysmes sociaux, parce qu’ils ne se souviennent pas des années 90, mais la dictature d’un vieillissant colonel les irritent visiblement. Ils veulent des changements. En outre, le système politique et économique corrompu crée très peu d’ascenseurs sociaux pour eux, et les réformes d’éducation ne mènent à rien de bon. Soudain, la Russie est confrontée à la révolte des jeunes, des étudiants. Bien sûr, ce mouvement n’est pas aussi radical que celui des années 1968 -1977 en France et en Italie, mais c’est déjà quelque chose. 5-10 mille de participants aux manifestations à Moscou pendant deux jours d’affilés est une situation impensable dans le passé récent.
 En cas de nouvelles protestations, d’autres groupes sociaux et forces politiques commenceront à s’y impliquer en influençant sans doute le cours d’événements et les slogans des manifestants.

Les différentes forces
Si les manifestations continuent, ils vont inévitablement attirer toutes les forces hostiles au régime. Hier, un groupe de nationalistes est apparu lors du meeting. La presse écrit qu’ils tentaient de se battre avec les « Nashi » (sbires de Poutine, une jeune branche du parti « Russie unie »), et ont même jeté sur ces derniers des torches enflammées, mais je ne le voyais pas. Une fois, j’ai entendu des slogans « Russes en avant », mais à cause du bruit général et des sifflets, on ne pouvait pas dire qui l’a crié (A noter que certains manifestants ont tenté de résister aux « Nashi »(« Les Notres »), quand ceux-ci ont forcé, rangs serrés, avec le battement des tambours, sur la foule.) (…) J’ai également aperçu des trotskystes distribuant leurs journaux.

Mikhail Magid, publié le 7/12/2011, http://shraibman.livejournal.com/739704.html

Et c’est vrai que dans cette manifestation se succédaient tous types d’opposants: d’abord les partisans de Mikhaïl Prokhorov dirigé par le milliardaire, environ 100 personnes. Puis, venait la société civile rattachée à aucune organisation, puis les libéraux (« Solidarité » et « Parti républicain de Russie »), suivie par les représentants du mouvement LGBT et enfin forces nationalistes suivie des forces d’extrême gauche et des anarchistes. Une telle opposition qui allait de l’extrême droite à l’extrême gauche, tout ça mis bout à bout par les anarchistes à tout de même réussi à se mettre d’accord sur un document, publié dans Novaia Gazeta, principal journal indépendant russe:

http://www.novayagazeta.ru/politics/50839.html.

Mon russe n’est pas encore au mieux de sa forme, mais à l’aide de google trad j’ai traduit les points importants du document (dès que mon russe s’améliore, je vous traduit l’intégralité):

  1.  la libération des prisonniers politiques
  2. la réforme démocratique du système politique
  3. des élections nouvelles à la Douma au cours de l’année
  4.  la tenue de nouvelles élections présidentielles dans les deux ans.
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A propos Marikouchka

Etudiante française à Moscou
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