Rencontre avec Boris Kagarlitsky

J’ai eu la chance de rencontrer grâce à un ami commun de Madrid, Boris Kagarlitsky (http://en.wikipedia.org/wiki/Boris_Kagarlitsky), directeur de l’Institute on Globalization and Social Movements à Moscou, ancien dissident de l’époque soviétique, fondateur du Parti du travail en 1992 et l’un des leaders actuels du mouvement de renouvellement de la gauche en Russie. L’occasion pour moi de lui poser quelques questions sur le mouvement anti-poutine à l’approche des élections et de la prochaine grande manifestation  Dimanche prochain. A vrai dire tout ça est parti d’un quiproquo, Tom mon ami de Madrid m’a dit de le contacter en arrivant car c’était un personnage intéressant, moi sans trop savoir à qui j’avais à faire, je lui ai envoyé un mail, lui a cru que c’était pour une interview. Bref me voilà obligée d’aller l’interviewer et d’en tirer quelque chose pour l’envoyer à Madrid qui souhaiterait savoir ce qui se trame chez les « compañeros rusos ».

Pourtant à peine j’évoque Madrid, Mr.Kagarlitsky me coupe et me dit que ça n’a rien n’a voir : « En Occident vous avez la démocratie, en Espagne on a assisté à une crise de la démocratie représentative. Ici la conscience démocratique est en train de naître. » D’après lui on seulement est au premier stade de la protestation, le stade de la pure négation de Poutine. Le débat se limite à être pro-poutine ou anti-poutine, mais personne ne rentre encore dans le contenu des revendications. A vrai dire, les leaders de l’opposition surfents sur la vague « anti-poutine » qui rassemble etn’osent pas définir clairement leur politique car la faible cohésion entre les manifestants s’évanouirait.

Pour l’instant l’unique point commun entre tous les manifestants est le rassemblement « pour des élections honnêtes », suites aux bourrages d’urnes massifs et trop évidents (cf.vidéos http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20111205.OBS6033/la-fraude-electorale-elevee-au-rang-d-art-en-russie.html ) lors des élections du législative du 4 décembre dernier. Mais aucune alternative claire à gauche ni à droite n’a été proposée, les communistes sont d’après lui trop occupés à préparer leur drapeaux et pancartes pour la prochaine manifestation, et se gardent bien de s’attaquer aux vrais préoccupations sociales, tels que l’éducation, la santé, la création d’emplois durables et non uniquement basés sur les ressources naturelles.

En fait le problème de fond c’est celui de la crise économique mondial. Et étrangement, pour ce qui est de la politique anticrise, Poutine est le plus « à gauche » avec notamment son annonce de taxe sur le luxe (http://fr.rian.ru/politique/20120207/193295710.html). « Ce n’est que le début des manifestations, ce n’est qu’après les élections que vont commencer les réelles mobilisations. Après le 4 mars, Poutine va perdre en légitimité, l’opposition perdra de sa force et c’est alors qu’il faudra entrer dans le contenu du programme. C’est pour ça qu’avec l’Institut nous travaillons sur le renouvellement de la gauche en Russie, en organisant des conférences et débats publics, dans les universités et centres de tous types pour proposer de réelles solutions et alternatives. » Pour l’instant l’opposition de gauche (le Parti communiste (KPRF) 19,19 % de sièges à la Douma et son rival de gauche Juste Russie (SR), social-démocrate, 13,24 %) n’arrive pas à se mettre d’accord. De plus le parti le plus fort est le parti communiste alors même que nombre des opposants des plus âgés voient d’un très mauvais œil la gauche communiste. Pour ce qui est des nationalistes, ils surfent sur la vague xénophobe des temps de crise et ne propose rien de concret si ce n’est renvoyer chez eux les étrangers.

Si les manifestations ont été initiées par la jeunesse, on voit désormais des personnes de tout âge rejoindre les cortèges. D’après une étude réalisée par le centre Levada, lors de la manifestation du 24 décembre à Moscou on comptait 60% d’hommes, 62% avaient une formation de l’enseignement supérieur, 31% avaient entre 25 et 39 ans, près de 25% avaient moins de 25 ans et 23% avaient entre 40 et 55 ans. La majorité se range dans la catégorie « profession libérale » (46%) ou bien « étudiant » (12%). En ce qui concerne les convictions politiques, la majorité s’est affirmée « démocrate » (31%), « socio-démocrate » (10%) ou communiste/de gauche (13%).

En ce qui concerne l’Institut que dirige M.Kagarlitsky (http://english.igso.ru/index.php), il a donné pour consigne de ne pas voter : « On préfère travailler à un vrai programme » et espère jouer un rôle clé dans la définition de la gauche russe de demain.  « En tout cas c’est un moment passionnant» a-t-il ajouté dans un grand sourire. Maintenant il me reste a écrire quelque chose en espagnol pour expliquer que ce qui se passe ici est assez semblable mais pas tout à fait même si « pour des élections honnêtes » et « démocratie réelle maintenant » se ressemblent à s’y méprendre. A croire que c’est dans la nature de la démocratie de n’être jamais achevée.

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A propos Marikouchka

Etudiante française à Moscou
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