Au coeur du meeting pro-Poutine

Le 23 Février est en Russie « la journée des hommes morts pour la patrie » c’est à dire, pour faire court « la journée des hommes ». Notre professeur de russe Natalia, une charmante babouchka nous a dit: « Pour résumer, c’est une journée ou les hommes ne font rien, comme à peu près tous les jours » pendant que son mari Boris grommelait dans le salon.

Mais à une semaine des élections, la campagne bat son plein, et jeudi, les hommes de tous âges rejoignaient pas moins de 6 rassemblements à divers endroits de Moscou en fonction de leurs sensibilité politique.  A 11h30 la journée démarre en fanfare avec le grand meeting pro-Poutine et je décide de suivre un ami journaliste qui couvre l’évènement, curieuse de découvrir à quoi ça ressemble..

Ambiance, ambiance

Notre drôle d’équipe se met donc en route pour le stade Loujniki,  un brésilien une russe et une française parlant en espagnol, pas forcément très discrets. D’ailleurs un petit groupe de jeune s’approche de nous: « Vous aussi vous venez observer? Vous savez par où aller au stade? ». C’est que les pro-poutine sont assez repérables: une moyenne d’âge de 40 ans, des drapeau russes à perte de vue et des pancartes tapées à l’ordinateur (bien loin des pancartes faites mains de l’opposition).Les pancartes sont globalement peu originales : « Poutine, notre président », « Nous avons choisi la stabilité, nous avons choisi Poutine ».Et devant le stade trône une grande statue de Lénine, avec l’inscription « Notre vote pour Poutine. », tableau cocasse.

Arrivés devant le stade, il règne une ambiance de carnaval et non de meeting politique. Une armée de Babuchka vétues de grands fichus dansent sur un air d’accordéon, l’une d’elle m’ attrappe et me fait tournoyer.  Il est difficile de ne pas se laisser séduire par l’ambiance de féria qui règne au dehors.

Nous rentrons enfin dans le stade, des écrans géants diffusent tous types de clips publicitaires pro-Poutine. L’occasion d’observer les panneaux et les drapeaux. Bizarrement on retrouve des drapeaux tsaristes, normalement symbole des nationalistes. L’une des pancartes attire notre attention, car on a beau l’observer, on n’arrive pas à percer son mystère:

On interroge donc son concepteur qui nous répond que le monde symbolise la force de la Russie dans le monde, la porte symbolise les opportunités à venir. Et le football? « Quoi vous n’aimez pas le football? ».

Le stade de 80.000 places n’est pas plein, mais fait quand même son petit effet. Au milieu trône une scène où montent tour à tour des orateurs pour chauffer la salle. Je comprends une phrase qui revient toutes les 3 minutes: « La Russie forte ». Un chanteur proche de Poutine clame: « Nous ne pouvons pas faire que tant d’hommes soient morts pour la Russie au siècle passé pour rien! ». Toujours cette même idée que le peuple n’est qu’un moyen au service d’une fin supérieure, la Russie forte. C’est désormais la grande rhétorique de Poutine pour décrédibiliser l’opposition: cette dernière serait payée par l’Europe et les Etats Unis pour affaiblir la Russie de l’intérieur. La foule entonne désormais l’hymne russe et c’est vrai que l’émotion est là.

Une fois la musique finie, les gens commencent à partir, je pars aussi et rate à quelques minutes l’arrivée surprise de Poutine au meeting. Un véritable coup médiatique car il ne se présente normalement jamais à ce type d’évènements publics où il n’est pas bien protégé.Il scandera des « Vous aimez la Russie? Moi j’aime la Russie. » sans bien rentrer dans le contenu de son programme.

La bataille des chiffres

La presse française reprend les chiffres officiels de 130.000 personnes, néanmoins il est plus probable que l’on ai eu un peu moins de 100.000 personnes. En arrivant à la station de métro déjà, j’étais surprise par le peu de monde présent par rapport aux chiffres annoncés. En effet, la plupart des gens présent n’étaient pas de Moscou mais venus de la province en bus affrétés par l’occasion. Les rumeurs disent que la plupart sont payés pour venir. Il est difficile de se prononcer sur ce sujet néanmoins les armées de bus jaunes affichant « Notre vote pour Poutine » pourraient laisser croire à une certaine facilitation de la venue des manifestants…

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A propos Marikouchka

Etudiante française à Moscou
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