En attendant le Printemps

Depuis la fête de Maslenitsa, le carnaval russe on attend le Printemps qui ne veut pas venir. La neige est encore abondante sur les trottoirs, mais ça ressemble de plus en plus à de la boue, et entre ça et la grisaille quotidienne on est loin du compte. Pourtant on nous a promis des miracles pour le Printemps, on nous a promis que les Russes souriraient (même dans le métro et ça c’est une prouesse), qu’il y aurait du monde sur le bord de la Moskva, des festivals dans les forêts, des barbecues dans les parcs, des enfants qui jouent sans combinaison de ski. J’imagine même qu’au Printemps je décocherait peut-être mon tout premier sourire de la concierge de la résidence, une terrible dame blonde à la mine patibulaire qui me crie de fermer la porte quand elle fume dans l’entrée. Quand les Russes parlent du printemps, leurs regards s’illuminent. Le Printemps ici c’est un événement.

Comme dirait Maïakovski dans son poème La question du Printemps:

« On est là,
on regarde l’air distrait
les concierges
casser la glace.
On a les pieds dans l’eau,
de vraies piscines.
Sur les côtés ça vous éclabousse,
d’en haut ça coule.
Il faut prendre des mesures.
Je ne sais pas moi
par exemple
choisir un jour
le plus bleu
et que dans les rues
des miliciens souriants
distribuent
à tous
ce jour-là
des oranges.
Si c’est trop cher
il y a moins coûteux,
plus simple
par exemple
que les vieillards
les travailleurs en congé,
les enfants d’âge préscolaire
à midi
chaque jour
se rassemblent sur la Place Soviétique
et crient trois fois :
Hourra !
Hourra !
Hourra !
Car enfin toutes les autres questions
sont plus ou moins éclaircies
celle du pain
celle de la paix aussi.
Mais
cette question cardinale
du printemps
il faut
coûte que coûte
la régler sur-le-champ. »

En attendant le Printemps, la ville n’est qu’un passage éclair entre deux intérieurs. Elle reste un mystère, même les moscovites ne sont pas fichus de nous indiquer en chemin, tout se passe sous terre ou dans les magasins, les cafés et les bureaux. La rue est déserte, on prend un escalier et ça grouille. On se demande ce que ça va donner quand tout ce beau monde se retrouvera dehors et que la surface cessera d’être un pur espace de transit.

Marc Chagall – Jour de Printemps

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A propos Marikouchka

Etudiante française à Moscou
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2 commentaires pour En attendant le Printemps

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