Un Samedi perdu

Ce matin, branle-bas de combat, il s’agit de partir en train pour Souzdal une petite ville du cercle d’or pour y passer le week-end loin de la Moscou boueuse et grise du mois de Mars. Difficile de réveiller mes deux acolytes qui dorment comme des masses et de me réveiller moi même à vrai dire, mais après quelques snoozes et un café mal dosé, on se met en route pour la gare avec Nils en abandonnant en route Olivier qui promet de nous retrouver à l’heure du départ.

Arrivés à Kourskaia, on essaie désespérément de comprendre quel train peut nous amener à Vladimir. Au point d’information (un truc très russe), la dame information refuse de nous répondre en nous montrant un panneau « Je ne réponds pas aux questions allez à la caisse 10 ». Mes amis, la Russie c’est apprendre la patience, les nerfs solides et que l’on est rien face à la toute puissante bureaucratie. C’est quelque chose qui a à voir avec la taille du pays, l’architecture, on se sent tout petit et très impuissant. C’est beau parce que c’est là le ciment du peuple russe, l’impuissance en partage, la conscience de la finitude des êtres humains que nous sommes.

Enfin tout ça pour dire que pas de train, seulement des bus sans horaires fixes. On ressort à la recherche d’un bus, on slalome entre la population haute en couleurs des devantures de gares et on finit par trouver le fameux bus. On en rate un premier en attendant Olivier, puis un second en allant manger sans réserver nos places, et puis on finit par abandonner en réalisant qu’on ne sera pas à Souzdal avant la nuit tombée.

On décide alors d’aller visiter l’expo Brassens, celle de la cité de la musique qui est installée pour quelques jours à l’Institut Français, on se dit que Brassens aura les mots justes pour nous réconforter.On se perd une première fois, on demande notre chemin, puis on se perd une seconde fois. On recroise les différentes informations et on se rend compte que on nous a indiqué que des directions différentes. Olivier abandonne. On décide de continuer, plus par entêtement que par amour pour Georges et dieu sait qu’il est grand.

Soulagement, ça y est, on y est. Mais l’exposition en question se résume à 6 pancartes et une télé éteinte. Joie dans les coeurs. En 15 minutes on parcours la vie de Жорж Брассенс (c’est toujours un bonheur de voir des noms étrangers en cyrillique) et on finit par allumer la télé. Alors on oublie pour un temps ce début de journée pourri et on laisse résonner la petite corde que Brassens a pu trouver en nous..

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Pendant ce moment de répit empreint de poésie et de sagesse, deux visiteurs viennent nous interrompre. D’abord un petit garçon de 4 ans, qui nous enlève le casque, attrape la souris et s’arrange pour semer un joyeux bazar sur l’écran avec un sérieux contentement. Pas de maman à l’horizon, lui terriblement à l’aise n’a pas vraiment envie de partir. On essaie de discuter mais déjà il s’ennuie « c’est ou les jeux » et commence à pester. Puis il file en courant.

Cinq minute plus tard, un vieux monsieur viens nous poser un tas de questions en russe. On comprends rien, on sourit et il commence à nous dire quelques phrases en français. L’histoire est assez décousue, un mélange d’anglais, de russe, de français et de bruitage, ça parle de médecine du sport, puis de la terre qui va à sa perte à cause de la technologie, de l’importance de manger sainement tout ça à une vitesse folle et sans enchaînements, bon.. Finalement ils nous demande de lui traduire une lettre en français qu’il veut envoyer à un médecin du comité olympique. On échange les contacts et lui aussi disparaît.

C’est l’avantage au fond de ne pas bien parler russe, c’est qu’on ne sait jamais si c’est qu’on ne comprend rien ou si c’est le discours en face qui déraille.. ça laisse la place à une forte dose de surréalisme quotidien, de quoi redorer un samedi perdu..

Dans un coin pourri
Du pauvre Paris,
Sur un’ place,
L’est un vieux bistrot
Tenu pas un gros
Dégueulasse.

Si t’as le bec fin,
S’il te faut du vin
D’ premièr’ classe,
Va boire à Passy,
Le nectar d’ici
Te dépasse.

Mais si t’as l’ gosier
Qu’une armur’ d’acier
Matelasse,
Goûte à ce velours,
Ce petit bleu lourd
De menaces.

Tu trouveras là
La fin’ fleur de la
Populace,
Tous les marmiteux,
Les calamiteux,
De la place.

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A propos Marikouchka

Etudiante française à Moscou
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Un commentaire pour Un Samedi perdu

  1. J’ai eu un petit bouquin avec toute les paroles de Brassens comme cadeau d’anniversaire. 🙂
    ia panimaïou! ia gavariou pa-russki avec toi sur скайп!

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