Souzdal, Nourilsk, Jim et Macha

Après deux faux départs, Lundi on n’avait pas le droit de se louper. On a donc pris l’express pour Vladimir direction Souzdal en sortant du cours de russe. La veille, Génia, un ami russe me demande si j’ai un endroit pour passer la nuit, je lui réponds qu’on compte s’installer dans une bonne vieille auberge de jeunesse mais il m’envoie l’adresse mail de son ami Jim et me dit de l’ajouter sur skype. J’ajoute l’adresse et Jim m’explique qu’il nous attend le lendemain à Souzdal, les 3 français, et qu’il a une grande maison pour nous accueillir.

Arrivés à Vladimir, on a une heure seulement pour apercevoir les merveilles de la ville, se faire aborder par un charmant vieux monsieur et il faut déjà partir pour Souzdal. Alors qu’on s’apprête à monter dans le bus, une jeune russe aux longs cheveux noirs et aux grands yeux bleus m’aborde « Marie? » « Euh oui » « I’m friend of Jim, also go to Souzdal » elle nous fait un grand sourire, elle a l’air chouette. On monte tous ensemble dans le bus, elle appelle Jim et discute en russe avec lui « J’ai les 3 français avec moi, ils ont pas de sacs ». C’est vrai qu’on est partis en touristes complets.

Le bus traverse de grandes étendues de neige, je vois passer un vieux Kholkhoze abandonné, Olivier et Nils s’endorment et finalement apparaissent à l’horizon, les clochers de Souzdal. A l’arrivée du bus, un solide gaillard nous attend. C’est Jim, la forte poigne, le sourire chaleureux, il nous emmène directement à l’épicerie pour faire le plein de provisions.


L’accueil russe

Une heure après on se retrouve tous autour de la table, avec un apéro de fromage et de pain noir à éplucher des carottes en discutant. « Qu’est-ce que vous voulez boire? » demande Jim avec des étincelles dans les yeux. Ça ça sent le shot de vodka à plein nez. 3 shots plus tard, la glace est bien brisée! On discute, on rit, on joue de la guitare et au milieu de tout ça Jim et Macha nous racontent leur drôle d’enfance dans une ville où l’hiver dure 10 mois, leurs souvenirs des temps communistes et de la folie des années 1990.

Norilsk

Macha et Jim ont grandit a Norilsk, une ville construite par les prisonniers du Goulag dans les années 30. Norilsk vit principalement de l’exploitation du nickel et son entreprise principale Norilsk nickel produit les 3/4 de la production mondiale de nickel et représente 11 milliards de chiffre d’affaire. Jim nous explique qu’à Norilsk tout le monde a du travail et que la ville forme une petite communauté. A l’aéroport de Norilsk si tu n’as pas assez de sous pour ton taxi, tu peux demander à quelqu’un que tu n’as jamais vu de t’en donner et il le fera. « Petit je pensais que c’était normal que 4 mois par an il fasse toujours nuit et 4 mois toujours jour, tant que tu n’as pas connu autre chose, tu es heureux de ce que tu as.Quand on était gamins des fois il faisait trop froid et l’école était fermée, du coup nous on allait se balader quand même »Il nous raconte ses jeux d’enfants à poser des clous sur les voix de chemins de fer pour que les trains les propulsent, à collectionner les papiers de chewing-gums américains. »si tu avais le papier alu de l’intérieur c’était pas mal, mais si tu avais l’emballage t’étais hyper cool ». Dans les cours de récré les papiers de chewing-gum s’échangent et se jouent, il faut arriver à les retourner en tapant dessus et c’est gagné. Il nous raconte comment à l’odeur de la ville, il pouvait deviner le sens du vent: « si ça sent le souffre c’est un vent d’est ».Norilsk est en effet l’une des villes les plus polluées au monde. Il nous montre une petite vidéo qui résume bien l’ambiance:

Tous les deux sont des grimpeurs, des fanas de montagne et d’escalade, des forces de la nature. Ils nous racontent comment dans les années 1990 ils lavaient les carreaux sur les gratte-ciels de Moscou et St-Pétersbourg. »A l’époque c’était hyper bien payé et on rigolait pas mal. » Macha nous montre des photos où suspendue à une centaine de mètres du sol elle nettoie les vitres avec une manucure parfaite. »A cette époque 99% des mecs étaient amoureux d’elle, de moi seulement 90% des filles » dit Jim en rigolant.

Macha depuis est retournée vivre à Norilsk. Elle nous explique qu’en ce moment il fait -20 et que les -3 de Souzdal pour elle c’est l’été. Jim se souvient de l’époque communiste où Souzdal, petit bijou de l’anneau d’or était l’une des rares villes ouvertes aux occidentaux. Petit, quand ils y venaient en vacances avec ses parents, il essayait de demander des stylos et des chewing-gums aux occidentaux, sous les yeux furieux de la police russe.

Entre toutes ces anecdotes, Jim nous rejoue un solo de Pink Floyd avec la musique à fond, Nils nous fait « Baby I wanna leave you » et Olivier une petite compo. On va se coucher plein d’images de Norilsk-la-Dure dans la tête, au coeur de Souzdal-la-Douce, la ville des contes russes.


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A propos Marikouchka

Etudiante française à Moscou
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