Chez la fille du pope

Une semaine après nous, le 15 Avril en Russie on célèbre la Pâques Orthodoxe. Le mercredi d’avant je retrouvais Anya, une jeune russe à qui je donne des cours de français au Mou-mou (la chaîne de restaurant local), pour pratiquer un peu mon russe. Anya est toute jeune, 20 ans à peine, mais une grande force de caractère, le regard clair, de long cheveux blonds, c’est une élève appliquée et qui sait où elle va. Depuis un mois déjà, on se rencontre chaque semaine pour des échanges franco-russe. On parle de tout et de rien, on rigole pas mal, et on note chacune sur nos petits cahiers de nouvelles expressions et règles de grammaire. Ce mercredi, elle m’annonce qu’elle va faire un concert dimanche pour Pâques. Je lui demandes si je peux venir l’écouter et elle me répond que le concert sera dans son village, loin de Moscou, dans l’église de son père. Et là, ça fait tilt, Anya est la fille du pope, et la fille du pope m’invite à passer Pâques chez elle. Les festivités commencent à 23h le samedi, je note les horaires de train et décide de retrouver Anya samedi soir dans son village pour fêter Pâques.

Le Samedi, je rejoins donc la gare de Kourskaia, pour rejoindre Electro-ugly en train de banlieue (c’est vrai que le nom m’a un peu effrayé sur le coup). Anya m’attend à la sortie. J’ai mis la jupe la plus longue et noire que j’ai trouvée et un fichu sur ma tête pour respecter les coutumes orthodoxes, et je me sens un peu stupide quand je vois Anya débarquer en jupette. On part donc en voiture pour Electro-ugly. Devant la maison, son papa viens me saluer, il a une très longue barbe et un regard perçant. le village est en effervescence, des tas de voitures commencent à affluer. Pendant qu’Anya se prépare pour la messe je m’assoie à la table de la cuisine avec sa mère qui me pose mille questionsen préparant le Koulitch, la brioche de Pâques: « Vous aussi vous avez une messe le soir de Pâques? Vous aussi vous peignez les oeufs? Vous aussi vous faîtes le carême? Vous aussi vous mangez après la messe? et qu’est-ce que vous mangez? Anya, viens traduire je comprends pas bien ce qu’elle me dit! » « Maman fiche lui la paix! » Je souris et m’excuse de pas savoir dire agneau et flageolets en russe. La maman d’Anya est une femme solide et sympathique, et j’aimerais pas être sous son rouleau à pâtisserie. Elle me sert un thé, puis deux thés, puis me demande si je veux pas un café ou aller me coucher quelques minutes avant la messe. « Non ça va je suis en forme » « Enfin, Anya t’as dit que la messe dure de 23h à 4h du matin » « Euh oui ». Dur, une messe de 5h je crois que ça bat tous les records franchis jusqu’ici. Je fais la forte tête: « Ca ira vous inquiétez pas.. »

Anya viens m’attraper à la cuisine et nous filons à la répétition de la chorale de l’église. Je savais qu’Anya chantait, mais pas qu’elle dirigeait un choeur de 30 adolescentes surexcitées, toutes pimpantes, recouvertes de paillettes et de froufrous, à côté j’ai l’air d’une vrai mormone. Elles chantent de belles cantates russe, Anya m’explique qu’elles vont chanter pendant toute la durée de la messe, 5h ou peut-être moins si elles arrivent à chanter suffisamment vite.

Puis c’est l’heure de la messe, la horde d’adolescentes déchaînées se précipite sur le grand miroir de l’entrée et tout le monde noue son fichu autour de sa tête, je me sens plus russe que jamais avec la tête enrubannée dans un fichu rouge. Quelques minutes après je me sens nettement moins russe, quand Anya m’abandonne au milieu de l’eglise pour aller chanter, et que je réalise que je vais passer 5h debout à faire des signes de croix toutes les 30 secondes sans savoir exactement quand il faut le faire, et qu’en plus le signe de croix est dans l’autre sens. J’essaie de me faire discrète, les chants sont splendides. On sort à minuit faire le tour de l’église en silence pendant que les cloches sonnent à toutes volées. On est loin de la la ville, ça fait du bien de voir quelques étoiles. Puis on rentre et la messe continue, je regrette d’avoir refusé le café car je pique sérieusement du nez et je suis bientôt dans l’obligation d’aller m’asseoir au fond de l’église avec les babouchkas et les enfants. J’ai un peu honte et du mal à garder les yeux ouverts. Les enfants commencent à sérieusement s’agiter et courent un peu partout dans l’église en jouant avec les cierges et en se cachant dans les longues jupes des babouchkas. Ça ne dérange personne ici, une messe où les enfants ont le droit de chahuter allègrement, je trouve ça très chouette (je me souviens de la belle époque où les frères Thiry jouaient aux petites voitures sous les bancs du premier rang et qu’une demi-douzaine de paroissiènes les observaient d’un air outré).

Vers 4h c’est la libération, je me rapproche du choeur pour regarder Anya diriger, c’est impressionnant, ce sont des filles de 15 ans qui font chanter l’Eglise, et avec une grande ferveur. On entonne un dernier chant « Kristos voskrece » et je me rend compte qu’au bout du compte je commence à connaître les paroles. La messe est finie, les gens sont joyeux, Anya vient m’attraper pour partir au presbytère où un grand repas nous attend. Elle me demande d’écrire un discours à réciter devant tout le monde. Aïe. A cette heure de la nuit mon russe n’est pas très limpide.

Dans la salle du banquet une grande table est dressée, recouverte de petits plats. Anya a les yeux qui brillent, elle me glisse que ça fait un mois qu’elle suit drastiquement le carême et qu’elle rêve d’un bon bout de viande. La salle se remplit pendant que j’écris mon discours sur un petit coin de table. On chante un bénédicité puis le père d’Anya fait un discours et on se met à table.Mon tour vient, « Je vous présente notre hôte française venue célébrer Pâques avec nous », je me lève et lit mon texte d’une voix mal assurée: « Merci pour cette belle célébration et ces beaux chants. Je ne pensais pas fêter Pâques ici en Russie loin de ma famille mais Anya m’a fait l’honneur de m’inviter parmi vous et je pense me souvenir longtemps de cette Pâques là. » Oui, je sais, c’est un peu cucul, mais vocabulaire oblige, je me suis pas lancée dans des blaguouses en russe à 5h du matin, ça n’aurait fait rire que moi   🙂

Il est 6h, on va enfin se coucher, repus. Anya me mène à ma chambre, on prend un escalier puis une petite échelle et j’arrive sous les toits dans une petite chambre de prêtre avec une vue sur le village. Le soleil se lève sur Elektro-ugly et je m’endors sur le champ. le lendemain le programme s’annonce musclé: à 10h un régiment de soldats vient visiter l’église et apprendre à sonner les cloches, et moi bien sûr je suis de la partie…

Et voilà ces demoiselles:

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A propos Marikouchka

Etudiante française à Moscou
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