Dans les forêts de la Silicon Valley russe

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Moscou en mai frôle les 30 degrés et c’est avec joie que les russes saisissent leurs sacs à dos, leurs tentes et leurs guitares pour aller camper dans les environs de Moscou. En ex-scout que je suis (que l’on assume ou pas ces choses là vous poursuivent), j’attendais la première occasion pour aller faire brûler de la brindille dans les forêts profondes qui me narguaient par la fenêtre du train.Et l’occasion ne se fit point trop attendre, puisque Jim, de Nourilsk, m’invita à passer 3 jours à Zelenograd, la Silicon Valley soviétique, où toute une bande de programmateurs dont il fait partie, organisent chaque année un festival de musique folk et traditionnelle au milieu de la pampa et bien loin des circuits électroniques. J’ai donc rejoint une horde de programmateurs musiciens par le train de banlieue.

Si Zelenigrad n’est plus aussi reluisante qu’autrefois, la Russie compte encore aujourd’hui les meilleurs programmateurs et hackeurs du monde entier, et cela grâce à son excellente école de mathématiques. Cet immersion m’a permis de faire quelques observations sur cette nouvelle espèce prospère de notre monde globalisé 2.0: les programmateurs. J’avais déjà pu observer quelques spécimens à Paris (s’ils me lisent qu’ils me pardonnent) et les hypothèses parisiennes se sont vu confirmées dans les forets de Zelenigrad. Après la montagne, la mer et le ciel, le nouvel espace des navigateurs solitaires et aventuriers est internet. Loin de l’idée que l’on s’en fait de geek au cheveux gras et au tee-shirt de hard-métal, le programmateur, passé 25 ans, compense l’ordinateur par le yoga et une alimentation saine. Il se révèle libre penseur, montagnard, philosophe, voyageur assez misanthrope et parfois terriblement new age.  Ainsi Andreï programme depuis l’Egypte tout en étant prof de yoga acrobatique. Dima travaille pour des américains depuis Souzdal pour mieux gravir les montagnes ukrainiennes en hors saison. Génia travaille sur l’architecture des bases de données d’une grande banque et même le dimanche, pour mieux faire le tour du monde en moto quand les sous suffisent.

Le festival, qui se tient là pour la 5ième année rassemble déjà bien 300 personnes, toutes les installations y sont faites à la main par la bande de 20 copains: les tentes, scènes, cuisines et autres avec des superbes décorations. La scène libre, assez chaotiques, présente une douzaine d’instrument, et permet à qui veut d’y monter pour une jam session de trois jours, avec des moments plus heureux que d’autres. La grande scène accueille les groupes de la région, rock, balalaïka, musique indienne et… percussions africaines!

Un groupe de congolais a débarqué à la tombée de la nuit avec un tas de percussions et je découvre avec surprise leur russe impécable. On a discuté autour du feu en attendant leur concert, de la Russie, mais en français. »C’est un pays mauvais  » m’a dit l’un d’eux. Et en effet être africain en Russie c’est le calvaire. Les russes, plus par ignorance que par méchanceté, les appellent les nègres, « n’empêche que ça nous blesse. » Les agressions racistes sont courantes et ce n’est pas la police qui les protège, au contraire. Ils me racontent leur vie à Moscou, à 7 dans un 2 pièces, en attendant les papiers pour aller en Belgique. Pourquoi la Russie? A cause d’une vieille amitié qui lia le Congo belge à l’URSS et rend les visas plus faciles d’accès. Ils ont monté un groupe de percussion qui leur permet de bouger un peu dans la région et de gagner des sous, sinon ils font des boulots sous-payés au noir. (http://chroniquesdailleurs.blogspot.com/2009/11/il-ne-fait-pas-bon-etre-noir-moscou.html )

On arrête de parler car il est temps pour eux de jouer déjà. Les tambours congolais s’élèvent au dessus des bouleaux russes, et une foule de programmateurs se laisse entraîner par la danse, grandeur et misère de la globalisation.

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A propos Marikouchka

Etudiante française à Moscou
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